Qu’est-ce qu’une réserve de biosphère ? Définition, fonctionnement et organisation territoriale

Une réserve de biosphère est un territoire reconnu dans le cadre du programme sur l’Homme et la biosphère de l’UNESCO — le programme MAB, Man and the Biosphere. Son principe fondamental est de mieux comprendre et organiser les relations entre les sociétés humaines et leur environnement.

Une réserve de biosphère ne cherche donc pas seulement à protéger des espèces ou des espaces naturels remarquables. Elle associe plusieurs objectifs : conserver la biodiversité et les paysages, favoriser un développement humain durable, soutenir la recherche et le suivi scientifique, transmettre les connaissances et impliquer les populations qui vivent et travaillent sur le territoire.

Cette approche est particulièrement importante pour comprendre la Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Ici, la nature ne s’arrête pas à la frontière entre la France et l’Allemagne. Le massif forestier, les formations de grès, les vallées, les cours d’eau, les habitats naturels et les paysages présentent de fortes continuités de part et d’autre de la frontière.

Mais ce territoire n’est pas non plus une nature sans habitants.

Plus de 300 000 personnes y vivent. Villages, agriculture, sylviculture, tourisme, patrimoine bâti, activités économiques et usages quotidiens du territoire se mêlent aux forêts, aux zones humides, aux espaces ouverts et aux formations rocheuses.

C’est précisément cette relation entre l’homme, la nature et le territoire qui permet de comprendre ce qu’est réellement une réserve de biosphère.

Le programme Homme et Biosphère : rapprocher nature et société

Créé par l’UNESCO, le programme MAB repose sur une approche interdisciplinaire associant les sciences naturelles et les sciences sociales.

Son objectif n’est pas simplement de constater les transformations de la nature. Il cherche également à comprendre pourquoi elles se produisent, quelles activités humaines les influencent et comment les sociétés peuvent s’adapter tout en préservant les écosystèmes dont elles dépendent.

Une forêt, par exemple, peut simultanément être :

  • un habitat pour de nombreuses espèces ;
  • un réservoir de biodiversité ;
  • un espace de stockage du carbone ;
  • une ressource en bois ;
  • un espace de travail ;
  • un paysage culturel ;
  • un lieu de promenade et de tourisme ;
  • un élément important du cadre de vie des habitants.

Une gestion durable ne peut donc pas toujours être définie à partir d’un seul de ces usages.

La logique du programme MAB consiste justement à étudier ces relations et parfois ces tensions, puis à rechercher des solutions adaptées au territoire.

Les réserves de biosphère sont ainsi souvent décrites comme des territoires d’apprentissage et d’expérimentation du développement durable.

Les trois fonctions d’une réserve de biosphère

L’UNESCO distingue trois grandes fonctions, complémentaires et interdépendantes.

Conservation

La première fonction concerne la conservation des paysages, des écosystèmes, des espèces et de la diversité biologique.

Elle peut comprendre la protection de milieux particulièrement sensibles, mais également le maintien des continuités écologiques et la restauration d’écosystèmes dégradés.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, cette fonction concerne notamment les grands ensembles forestiers, les cours d’eau, les zones humides, les prairies, les formations rocheuses et les espèces qui dépendent de ces différents habitats.

Pour approfondir cette dimension, consultez le patrimoine naturel des Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Développement durable

Une réserve de biosphère doit également favoriser un développement économique et humain compatible avec les caractéristiques écologiques et culturelles du territoire.

Cela peut concerner l’agriculture, la sylviculture, les filières locales, le tourisme, l’habitat, l’utilisation des ressources naturelles, la mobilité ou encore la qualité de vie.

Le développement durable n’est donc pas ajouté après la protection de la nature : il constitue l’une des fonctions fondamentales du modèle.

Recherche, suivi, éducation et partage des connaissances

La troisième fonction est parfois appelée fonction d’appui logistique.

Elle comprend notamment la recherche scientifique, le suivi des écosystèmes, l’éducation, la formation et la transmission des connaissances.

Une réserve de biosphère peut ainsi servir à observer sur le long terme l’évolution d’une forêt, d’une rivière ou d’une population animale, mais aussi à étudier les transformations économiques, sociales et démographiques du territoire.

Cette combinaison est essentielle.

Les changements environnementaux sont rarement uniquement écologiques ou uniquement sociaux. Ils résultent souvent de plusieurs phénomènes qui interagissent.

Une réserve de biosphère n’est pas une réserve naturelle classique

Le mot « réserve » peut prêter à confusion.

Une réserve de biosphère n’est pas nécessairement un vaste territoire fermé au public et dont les activités humaines seraient exclues.

Au contraire, une grande partie d’une réserve de biosphère peut être habitée, cultivée, exploitée, visitée et utilisée quotidiennement.

La Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald en constitue un bon exemple.

Elle couvre environ 3 061,6 km² et accueille environ 337 200 habitants selon les données de référence du territoire.

Environ 72 % de sa superficie est couverte de forêts et environ 22 % correspond à des surfaces agricoles.

Ces chiffres montrent immédiatement que l’enjeu ne peut pas être de supprimer toute activité humaine.

L’objectif est plutôt de déterminer où certaines activités sont compatibles avec la conservation, comment les pratiques peuvent évoluer et comment les ressources peuvent être utilisées durablement.

Pour comprendre plus précisément la dimension humaine du territoire, consultez Habitants et territoire des Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Pourquoi une réserve de biosphère est-elle divisée en plusieurs zones ?

Pour associer protection de la nature, recherche et activités humaines, une réserve de biosphère repose sur un système de zonage.

L’UNESCO distingue trois types d’espaces :

  1. les aires centrales ;
  2. les zones tampons ;
  3. les zones ou aires de transition.

Ces zones ne constituent pas trois territoires indépendants.

Elles correspondent à différents degrés de conservation, d’utilisation et de coopération au sein d’un même ensemble territorial.

Les aires centrales : conserver les écosystèmes

Les aires centrales accueillent des écosystèmes bénéficiant d’une protection forte à long terme.

Leur fonction principale est la conservation des paysages, des habitats, des espèces et de la diversité génétique.

Elles sont particulièrement importantes pour maintenir des processus écologiques relativement peu perturbés et peuvent également servir de références pour la recherche scientifique et le suivi de l’évolution des écosystèmes.

Dans la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald, les aires centrales représentent environ 96,85 km², soit environ 3,2 % de la superficie totale.

Ces espaces ne doivent cependant pas être interprétés automatiquement comme des zones auxquelles personne ne peut accéder.

Les règles précises dépendent des protections juridiques et des objectifs de conservation applicables aux différents sites.

Les zones tampons : concilier usages et conservation

Autour ou à proximité des aires centrales se trouvent les zones tampons.

Dans ces espaces, les activités doivent rester compatibles avec les objectifs de conservation.

Recherche scientifique, suivi écologique, éducation, formation, certaines pratiques forestières ou agricoles et différentes formes de découverte du territoire peuvent y trouver leur place lorsqu’elles respectent les caractéristiques des milieux.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, les zones tampons représentent environ 1 120,85 km², soit près de 36,6 % du territoire.

Elles jouent donc un rôle considérable dans la relation entre espaces fortement protégés et territoires davantage utilisés par les populations.

La zone de transition : le territoire habité et vivant

La zone de transition est généralement l’espace où les activités humaines sont les plus nombreuses.

On peut y trouver des villages, des habitations, des exploitations agricoles, des activités forestières, des entreprises, des infrastructures et des équipements touristiques.

Dans la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald, cette zone représente environ 1 843,9 km², soit près de 60,2 % de la superficie totale.

Cette proportion est importante.

Elle montre que la majorité du territoire n’est pas conçue comme un sanctuaire naturel isolé de la société.

C’est précisément dans cette partie de la réserve que collectivités, habitants, entreprises, agriculteurs, forestiers, associations, chercheurs et autres acteurs peuvent rechercher ensemble des formes de développement compatibles avec les ressources et les paysages du territoire.

Pourquoi les trois zones dépendent-elles les unes des autres ?

Un cours d’eau ne s’arrête pas lorsqu’il quitte une aire centrale.

Un animal peut traverser une forêt protégée, une zone forestière exploitée et un paysage agricole au cours de ses déplacements.

La qualité de l’eau d’une zone humide peut être influencée par les activités réalisées plusieurs kilomètres en amont.

De la même manière, les pratiques agricoles, forestières, touristiques ou urbaines peuvent modifier la qualité et la connectivité des habitats.

Le zonage doit donc être compris comme un système.

Les aires centrales permettent une protection particulièrement forte de certains écosystèmes. Les zones tampons établissent une interface où conservation et activités compatibles peuvent être associées. La zone de transition permet d’intégrer les enjeux du développement durable dans les espaces où les populations vivent et travaillent.

Vosges du Nord – Pfälzerwald : un territoire de grès, de forêt et d’eau

Dans les Vosges du Nord et le Pfälzerwald, la cohérence du territoire apparaît particulièrement clairement à travers trois éléments naturels : le grès, la forêt et l’eau.

Le socle géologique de grès contribue à modeler le relief et les formations rocheuses caractéristiques du paysage.

Sur ce substrat s’est développé un vaste ensemble forestier qui se poursuit de part et d’autre de la frontière.

L’eau structure quant à elle les vallées, les cours d’eau, les zones humides et de nombreux habitats.

Ces éléments ne doivent pas être considérés séparément.

Géologie, sols, végétation, hydrologie et activités humaines interagissent constamment.

C’est pourquoi le territoire peut être compris comme un ensemble paysager et écologique continu plutôt que comme deux espaces naturels simplement juxtaposés par hasard de part et d’autre d’une frontière nationale.

Cette continuité est développée dans la page Nature sans frontière : les continuités naturelles entre les Vosges du Nord et le Pfälzerwald.

Une histoire franco-allemande devenue coopération transfrontalière

Les Vosges du Nord et le Pfälzerwald ont chacun connu une reconnaissance dans le cadre du programme MAB avant de former une réserve transfrontière.

Le territoire français des Vosges du Nord a été reconnu comme réserve de biosphère en 1989, et le Pfälzerwald en 1993 selon les données actuellement publiées par le Parc naturel régional des Vosges du Nord.

En 1998, les deux territoires ont été reconnus ensemble comme Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Cette reconnaissance commune possède une logique écologique évidente.

Les forêts, cours d’eau, habitats et espèces ne suivent pas la frontière politique entre la France et l’Allemagne.

Mais la coopération transfrontalière va au-delà de l’écologie.

Elle concerne également la recherche, l’éducation, la gestion des ressources, le tourisme, les marchés locaux, les activités des habitants et le partage des connaissances.

L’histoire de cette construction est présentée plus en détail dans Origine et histoire de la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Le patrimoine est un ensemble : nature, paysages, culture et habitants

Une réserve de biosphère ne protège pas seulement des espèces remarquables.

Le patrimoine d’un territoire résulte également de ses paysages, de son histoire, de ses villages, de son architecture, de ses pratiques agricoles, de ses ressources et des savoir-faire développés par ses habitants.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, les relations entre environnement naturel et activités humaines sont particulièrement visibles.

Le grès est à la fois une formation géologique et un matériau utilisé dans l’architecture.

La forêt constitue simultanément un écosystème, un paysage, une ressource économique et un élément de l’histoire locale.

Les espaces ouverts résultent en partie de pratiques agricoles qui contribuent elles-mêmes au maintien de certains habitats.

Les villages, châteaux, verreries et autres éléments du patrimoine bâti témoignent également de la manière dont les populations ont utilisé les ressources du territoire.

Pour cette raison, patrimoine naturel et patrimoine culturel ne doivent pas être considérés comme deux mondes totalement séparés.

Découvrez également le patrimoine culturel des Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Agriculture, forêt et économie locale

Le développement durable d’une réserve de biosphère se traduit par des questions très concrètes.

Comment produire du bois tout en conservant les fonctions écologiques des forêts ?

Comment maintenir une agriculture économiquement viable tout en préservant les sols, les paysages et certains habitats ?

Comment valoriser des produits et savoir-faire locaux ?

Comment développer le tourisme sans provoquer une pression excessive sur les milieux sensibles ?

Comment adapter les villages et les infrastructures aux besoins contemporains sans perdre l’identité paysagère du territoire ?

Ces questions ne possèdent pas toujours une réponse unique.

Le rôle d’une réserve de biosphère est précisément de créer un cadre permettant d’expérimenter, d’observer, d’évaluer et de partager différentes solutions.

Recherche scientifique et observatoire du territoire

Les réserves de biosphère ont également vocation à devenir des espaces privilégiés de recherche et d’observation à long terme.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, les connaissances peuvent concerner notamment les forêts, les cours d’eau, les zones humides, les espèces, les changements d’occupation du sol ou les continuités écologiques.

Mais elles concernent aussi les activités humaines.

Population, agriculture, économie, usages des ressources, tourisme et transformations du territoire doivent également être étudiés pour comprendre l’évolution des systèmes écologiques.

Cette association des sciences naturelles et sociales correspond directement à la philosophie du programme MAB.

Elle permet de considérer une réserve de biosphère comme un système socio-écologique, dans lequel changements environnementaux et changements sociaux sont étroitement liés.

Les habitants ne sont pas extérieurs à la réserve

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à imaginer que la population se trouve autour de la réserve.

Dans un territoire comme les Vosges du Nord – Pfälzerwald, les habitants sont dans la réserve.

Ils y vivent, y travaillent, utilisent les routes, exploitent certaines ressources, entretiennent les paysages, accueillent les visiteurs et prennent quotidiennement des décisions qui peuvent avoir une influence sur l’environnement.

Leur implication est donc essentielle.

L’UNESCO souligne d’ailleurs la participation des communautés locales et des différentes parties prenantes dans la planification et la gestion des réserves de biosphère.

La réussite du modèle dépend ainsi autant des relations entre institutions que de la capacité à associer agriculteurs, propriétaires, habitants, entreprises, associations, scientifiques, éducateurs et collectivités.

Tourisme et découverte : permettre l’accès sans dégrader les milieux

Le tourisme constitue un bon exemple de l’équilibre recherché dans une réserve de biosphère.

Les forêts, formations rocheuses, vallées, cours d’eau, châteaux et villages attirent naturellement des visiteurs.

Cette fréquentation peut contribuer à l’économie locale et à la connaissance du patrimoine.

Elle peut également favoriser une meilleure compréhension de l’environnement.

Mais dans certains secteurs, une fréquentation excessive peut provoquer du dérangement, du piétinement, de l’érosion ou une pression supplémentaire sur des habitats fragiles.

Le tourisme durable consiste donc à organiser la découverte du territoire de manière à maintenir l’expérience des visiteurs tout en respectant la capacité écologique des sites.

Accessibilité, inclusion et droit de pouvoir découvrir la nature

Cette question conduit à une dimension parfois moins étudiée du développement durable : l’accessibilité.

Qui peut réellement profiter des paysages, des sites patrimoniaux et des espaces naturels ?

Pour une personne pouvant marcher plusieurs kilomètres, un sentier forestier peut sembler facilement accessible. Pour une personne âgée, un visiteur ayant des difficultés à marcher ou quelqu’un qui utilise un fauteuil roulant ou un scooter de mobilité, quelques marches, une forte pente, un passage trop étroit ou plusieurs centaines de mètres de sol meuble peuvent rendre le même itinéraire impraticable.

L’accessibilité ne consiste donc pas uniquement à déclarer qu’un site est « ouvert à tous ».

Elle dépend de données concrètes : revêtement, largeur du chemin, pente, obstacles, distance, possibilités de repos, stationnement, sanitaires, état du terrain et information disponible avant le départ.

Cette dimension possède un lien direct avec le fonctionnement d’une réserve de biosphère.

Lors de l’examen périodique de la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald, qui a conduit au renouvellement de sa reconnaissance en 2022, le comité ayant examiné le dossier a notamment souligné positivement les initiatives visant l’inclusion, avec comme exemple l’amélioration de l’accessibilité de sites patrimoniaux aux personnes en situation de handicap.

Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une préoccupation récente sur le territoire. Des actions destinées à améliorer l’accueil des personnes handicapées dans les équipements patrimoniaux des Vosges du Nord étaient déjà documentées auparavant, notamment à travers des formations, des supports de médiation adaptés et le programme culturel Éveil des Sens.

L’accessibilité constitue ainsi un exemple très concret de la manière dont les dimensions environnementales et sociales du développement durable peuvent se rencontrer.

Mobilité réduite : l’accessibilité ne s’arrête pas à l’entrée d’un site

Pour les personnes ayant une mobilité réduite, accéder à la nature implique souvent une chaîne complète de déplacements.

Il faut pouvoir rejoindre le site, se garer ou descendre d’un moyen de transport, franchir l’entrée, parcourir l’itinéraire, accéder aux points d’intérêt et être certain de pouvoir revenir.

Les aides à la mobilité peuvent alors jouer un rôle important.

Fauteuils roulants manuels ou électriques, rollators, vélos adaptés et scooters de mobilité peuvent permettre à des personnes qui ne pourraient pas parcourir plusieurs kilomètres à pied de continuer à découvrir des paysages, des villages et certains espaces naturels.

Mais l’utilisation d’un tel véhicule dans la nature ne signifie pas que tous les chemins deviennent automatiquement accessibles.

Une route adaptée doit être évaluée en fonction du type de sol, des pentes, de la largeur, des obstacles, de la longueur du parcours et des conditions météorologiques. Pour un véhicule électrique, l’autonomie réelle et les possibilités de recharge ou de retour doivent également être prises en compte.

De la réserve de biosphère aux espaces naturels accessibles en Europe

Cette question dépasse largement les Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en France et dans d’autres pays européens, différents gestionnaires de parcs et d’espaces naturels développent des itinéraires destinés aux visiteurs ayant une mobilité réduite.

Certains sont entièrement revêtus. D’autres utilisent des surfaces stabilisées ou semi-naturelles. Certains itinéraires sont accessibles de manière autonome avec un véhicule électrique alors que d’autres nécessitent un accompagnement.

Pour une personne utilisant un scooter de mobilité en voyage, la préparation est donc essentielle.

La ressource néerlandophone indépendante Toegankelijkheid en mobiliteitshulpmiddelen in natuurgebieden in Nederland, België en Europa approfondit précisément cette question.

Ce guide explique comment évaluer si un itinéraire naturel est réellement utilisable avec un scooter de mobilité, quels éléments techniques doivent être contrôlés — revêtement, pentes, largeur, obstacles, autonomie et conditions météorologiques — et comment rechercher des itinéraires accessibles auprès des gestionnaires officiels.

Il présente également des exemples documentés aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et en France, notamment des parcours adaptés dans des espaces naturels néerlandais, les initiatives Natur’Accessible en Wallonie et le réseau de sentiers sans barrières du Wilder Kermeter dans le parc national de l’Eifel.

Le guide traite enfin d’une situation particulièrement importante pour les utilisateurs : emmener son scooter de mobilité en vacances afin de conserver davantage d’autonomie pour découvrir des paysages et espaces naturels européens. Il aborde le transport en voiture, en train ou en avion, la recharge sur le lieu de séjour, l’autonomie en terrain naturel et la nécessité de vérifier les conditions exactes du parcours avant de partir.

Cet exemple montre bien que l’accessibilité ne consiste pas à rendre indistinctement tous les milieux naturels praticables.

L’objectif est plutôt d’identifier où une fréquentation adaptée peut être organisée sans compromettre la protection des écosystèmes, puis de fournir aux visiteurs des informations suffisamment précises pour qu’ils puissent décider eux-mêmes si un itinéraire correspond à leurs capacités et à leur équipement.

C’est une application concrète du principe même d’une réserve de biosphère : rechercher des solutions qui prennent simultanément en compte les besoins humains et le fonctionnement des écosystèmes.

Accessibilité et conservation ne sont pas nécessairement opposées

Créer un accès à la nature ne signifie pas devoir construire des chemins artificiels dans tous les espaces sensibles.

Dans certaines situations, concentrer les visiteurs sur quelques itinéraires correctement conçus peut au contraire aider à réduire la fréquentation de zones plus fragiles.

Des solutions peuvent comprendre des chemins accessibles dans les secteurs appropriés, des points d’observation, des plateformes, des informations détaillées sur les conditions de parcours ou des itinéraires alternatifs.

Dans d’autres secteurs, la conservation de certaines espèces ou certains habitats peut justifier des limitations.

L’enjeu n’est donc pas l’accessibilité maximale de chaque mètre carré d’un espace naturel, mais une accessibilité réfléchie, documentée et compatible avec les objectifs de conservation.

Une réserve de biosphère n’est pas un statut juridique unique de protection

La reconnaissance MAB doit également être distinguée des statuts juridiques nationaux ou européens de protection de la nature.

Une réserve de biosphère peut comprendre des réserves naturelles, des sites Natura 2000, des espaces forestiers protégés et d’autres dispositifs possédant chacun leurs propres règles.

La désignation comme réserve de biosphère ne remplace pas ces protections.

Elle fournit plutôt un cadre territorial plus large permettant de rapprocher conservation, développement durable, recherche, participation et coopération.

Cette distinction explique aussi pourquoi les règles d’accès ou les activités autorisées peuvent varier fortement d’un endroit à l’autre à l’intérieur d’une même réserve de biosphère.

Natura 2000 et réserve de biosphère : quelle différence ?

Les deux notions sont parfois confondues.

Natura 2000 est un réseau européen de sites destiné à contribuer à la conservation d’habitats et d’espèces considérés comme importants à l’échelle de l’Union européenne.

Une réserve de biosphère, quant à elle, relève du programme MAB de l’UNESCO et cherche à articuler conservation, développement durable et connaissance sur un territoire plus large.

Les deux approches peuvent donc se superposer géographiquement sans être identiques.

Un site Natura 2000 peut se trouver dans une réserve de biosphère, mais cela ne signifie pas que l’ensemble de cette réserve bénéficie du même statut réglementaire.

Pourquoi les réserves de biosphère sont-elles importantes aujourd’hui ?

Les grands défis environnementaux ne respectent généralement ni les limites communales ni les frontières nationales.

Le changement climatique modifie les conditions dans lesquelles évoluent les forêts, les cours d’eau, les espèces et l’agriculture.

La fragmentation des habitats peut limiter les déplacements des espèces.

Les changements économiques et démographiques influencent l’utilisation des sols.

Les pratiques touristiques peuvent modifier la fréquentation de certains secteurs.

Les choix énergétiques, agricoles et forestiers influencent à leur tour les paysages et les ressources.

Une réserve de biosphère offre un cadre permettant d’étudier ces transformations à l’échelle d’un territoire réel et habité.

Elle rapproche ainsi biodiversité, économie, patrimoine, recherche, éducation, qualité de vie et participation des habitants.

Une réserve transfrontière ajoute une difficulté — et une opportunité

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, les mêmes écosystèmes s’étendent entre deux pays.

La frontière administrative implique pourtant des institutions, réglementations et systèmes de gestion différents.

La coopération franco-allemande permet alors de traiter certains enjeux à une échelle correspondant davantage à celle de l’écosystème.

La circulation des espèces, la restauration des rivières, les corridors écologiques ou la gestion d’un massif forestier ne deviennent pas moins importants lorsqu’ils franchissent une frontière.

Des projets communs autour de la biodiversité, des forêts, des cours d’eau, de l’éducation, de la recherche et des échanges locaux donnent ainsi une dimension concrète à la notion de réserve de biosphère transfrontière.

Un territoire qui relie nature, culture et société

Le principal enseignement du concept de réserve de biosphère est peut-être qu’un territoire ne peut pas toujours être divisé simplement entre nature d’un côté et activité humaine de l’autre.

Les Vosges du Nord – Pfälzerwald sont à la fois un massif forestier, un ensemble de vallées, un territoire agricole, un espace habité, un patrimoine culturel et une zone de coopération européenne.

La forêt influence l’économie et le paysage.

L’agriculture contribue à maintenir certains milieux ouverts.

Les cours d’eau relient des habitats mais traversent également les villages.

Le grès forme des falaises et des rochers, tout en apparaissant dans les châteaux et l’architecture traditionnelle.

Les habitants utilisent, entretiennent et transforment ce territoire tout en dépendant de ses ressources.

Une réserve de biosphère tente donc moins de séparer ces dimensions que de mieux comprendre leurs relations.

À retenir

Une réserve de biosphère est un territoire reconnu dans le cadre du programme Homme et Biosphère de l’UNESCO.

Elle associe trois fonctions complémentaires : conservation de la biodiversité, développement durable et soutien à la recherche, au suivi, à l’éducation et au partage des connaissances.

Son organisation repose sur des aires centrales, des zones tampons et une zone de transition dont les fonctions sont différentes mais interdépendantes.

Une réserve de biosphère ne doit pas être confondue avec une réserve naturelle intégralement protégée. Elle comprend généralement des espaces habités et utilisés par les populations.

La Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald, reconnue conjointement en 1998, illustre particulièrement cette approche. Sur plus de 3 000 km², forêts, grès, eau, biodiversité, agriculture, villages, patrimoine, activités économiques et plus de 300 000 habitants composent un même territoire franco-allemand.

Les questions contemporaines comme le changement climatique, l’utilisation des ressources, le tourisme, la mobilité ou l’accessibilité des espaces naturels aux personnes ayant une mobilité réduite montrent que la relation entre l’homme et la biosphère reste un enjeu concret.

La finalité n’est pas de choisir entre l’homme et la nature.

Elle consiste à rechercher des manières de vivre, travailler, se déplacer, découvrir et développer un territoire tout en maintenant les écosystèmes dont sa population dépend.


Sources et références

UNESCO — About the Man and the Biosphere (MAB) Programme
Présentation du programme MAB, de son approche associant sciences naturelles et sociales et de ses objectifs concernant les relations entre sociétés et environnement.
https://www.unesco.org/en/mab/about

UNESCO — What are biosphere reserves?
Présentation des trois fonctions des réserves de biosphère et de leur organisation en aires centrales, zones tampons et zones de transition.
https://www.unesco.org/en/mab/wnbr/about

UNESCO — Designation and periodic review of biosphere reserves
Informations sur la désignation des réserves, le cadre statutaire du Réseau mondial et le principe d’examen périodique.
https://www.unesco.org/en/mab/wnbr/designation

UNESCO — Statutory Framework of the World Network of Biosphere Reserves
Cadre international adopté dans le prolongement de la Stratégie de Séville, définissant notamment les fonctions, le zonage et la participation des acteurs concernés.
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000101803

MAB France — Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald
Fiche de référence présentant notamment le territoire, ses communes, sa population, sa superficie et sa reconnaissance transfrontalière.
https://www.mab-france.org/fr/reserve-de-biosphere/vosges-du-nord-pfaelzerwald/

Parc naturel régional des Vosges du Nord — La Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald
Présentation détaillée de l’histoire, du zonage, de la superficie, de la population, de l’occupation du sol et des principaux projets franco-allemands.
https://www.parc-vosges-nord.fr/le-parc/la-reserve-de-biosphere-transfrontaliere-vosges-du-nord-pfalzerwald

Parc naturel régional des Vosges du Nord — Reconduction pour dix ans de la reconnaissance de la Réserve de biosphère transfrontière
Présentation de l’examen périodique de 2022 et des éléments relevés positivement, notamment les démarches d’inclusion et d’accessibilité aux sites patrimoniaux.
https://www.parc-vosges-nord.fr/article/lunesco_reconduit_pour_10_ans_la_rbt

Parc naturel régional des Vosges du Nord — Bilan 2019 : participation des habitants et accessibilité du patrimoine
Documentation des actions consacrées à la diversification des publics, à l’accessibilité des personnes en situation de handicap et au programme Éveil des Sens.
https://www.parc-vosges-nord.fr/wp-content/uploads/2020/08/bilan-2019-v2.pdf

Parc naturel régional des Vosges du Nord — Bilan 2009
Document attestant d’actions plus anciennes de sensibilisation et de formation destinées à améliorer l’accueil des personnes en situation de handicap dans les équipements patrimoniaux du territoire.
https://www.parc-vosges-nord.fr/wp-content/uploads/2018/06/pnrvn-bilan-2009.pdf

À propos de cet article

Cet article est publié dans le cadre d’un projet d’information indépendant consacré aux Vosges du Nord – Pfälzerwald, à leurs patrimoines naturels et culturels ainsi qu’aux relations entre l’homme et l’environnement.

Les définitions relatives au programme MAB et au zonage ont été vérifiées à partir des documents de l’UNESCO. Les données propres aux Vosges du Nord – Pfälzerwald ont été confrontées aux informations du Parc naturel régional des Vosges du Nord et de MAB France.

Les chiffres de population, de superficie et d’occupation du sol sont indiqués avec leur contexte lorsqu’ils reposent sur des données de référence publiées et ne doivent pas être interprétés comme des estimations démographiques en temps réel.

Le site est indépendant et ne représente ni l’UNESCO ni les organismes français ou allemands chargés de la gestion de la Réserve de biosphère transfrontière.