Le zonage de la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald

La Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald ne constitue pas un espace uniforme soumis partout aux mêmes objectifs. Comme les réserves de biosphère du programme MAB de l’UNESCO, son territoire est organisé selon un zonage fonctionnel qui permet d’associer protection de la biodiversité, activités humaines, recherche et développement durable.

Trois grandes catégories structurent ce zonage :

  • les aires centrales ;
  • les zones tampons ;
  • la zone de transition.

Ces zones sont complémentaires. Elles ne correspondent pas à trois niveaux simplement classés du « plus naturel » au « moins naturel » : chacune remplit une fonction particulière dans l’organisation de la réserve.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, cette organisation s’applique à un vaste territoire franco-allemand de 306 160 hectares, dont près des trois quarts sont couverts de forêts.

Pourquoi une réserve de biosphère est-elle divisée en zones ?

Le concept de réserve de biosphère cherche à répondre à une question fondamentale : comment préserver durablement les écosystèmes tout en tenant compte des sociétés humaines qui vivent et travaillent sur le territoire ?

Une protection identique sur l’ensemble d’une réserve ne permettrait pas nécessairement d’atteindre cet objectif.

Certains espaces présentent une valeur écologique telle qu’une protection forte est nécessaire. D’autres peuvent accueillir des activités compatibles avec la conservation. Enfin, une grande partie du territoire est habitée et accueille agriculture, sylviculture, entreprises, infrastructures, tourisme et vie quotidienne.

Le zonage permet d’organiser ces différentes fonctions dans l’espace.

Le programme MAB distingue ainsi trois zones interdépendantes destinées à remplir des fonctions complémentaires de conservation, développement et soutien à la connaissance. Cette organisation constitue l’un des principes caractéristiques des réserves de biosphère.

Les trois zones des Vosges du Nord – Pfälzerwald

D’après le zonage transfrontalier publié en 2022, la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald se répartit ainsi :

ZoneSuperficiePart du territoire
Aires centrales9 685 ha3,2 %
Zones tampons112 085 ha36,6 %
Zone de transition184 390 ha60,2 %
Total306 160 ha100 %

Cette répartition montre immédiatement une caractéristique importante d’une réserve de biosphère : la majorité du territoire n’est pas constituée d’aires centrales strictement protégées.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, environ 60 % de la superficie appartient à la zone de transition, là où la relation entre environnement, habitants et activités économiques prend une importance particulière.

Les aires centrales : priorité à la conservation

Les aires centrales constituent les secteurs où la fonction de conservation est la plus forte.

Selon le principe MAB, elles comprennent des écosystèmes protégés contribuant à la conservation des paysages, des écosystèmes, des espèces et de la diversité génétique.

Dans une même réserve de biosphère, il peut exister plusieurs aires centrales distinctes. Il ne faut donc pas imaginer nécessairement un unique espace central entouré de cercles successifs.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, l’ensemble des aires centrales représente 9 685 hectares, soit environ 3,2 % de la superficie totale.

Ces espaces jouent notamment un rôle de référence pour :

  • la conservation des habitats naturels ;
  • la préservation des espèces ;
  • l’observation de processus écologiques ;
  • la recherche scientifique ;
  • le suivi à long terme des écosystèmes.

Dans un territoire fortement forestier, les dynamiques naturelles des forêts occupent logiquement une place importante.

Pour découvrir plus précisément ces écosystèmes, consultez le patrimoine naturel forestier des Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Les zones tampons : protéger tout en permettant des usages compatibles

Les zones tampons entourent ou jouxtent les aires centrales et remplissent une fonction intermédiaire essentielle.

Elles peuvent accueillir des activités compatibles avec des pratiques écologiquement viables et contribuer à la recherche, au suivi, à la formation et à l’éducation.

Dans la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald, elles représentent 112 085 hectares, soit environ 36,6 % du territoire.

Leur rôle ne consiste donc pas seulement à former une bande protectrice autour des aires centrales.

Elles permettent aussi de mettre en pratique des modes de gestion conciliant l’utilisation du territoire avec les objectifs écologiques de la réserve.

Selon les secteurs et les réglementations applicables, cela peut concerner notamment :

  • la gestion forestière ;
  • l’entretien de certains paysages ;
  • la recherche et le suivi scientifique ;
  • l’éducation à l’environnement ;
  • certaines activités agricoles ;
  • la découverte de la nature ;
  • des usages récréatifs compatibles avec la préservation des milieux.

La fonction exacte d’un secteur dépend cependant de son statut juridique et de la réglementation qui lui est applicable. Le classement MAB ne remplace pas les réglementations françaises ou allemandes existantes.

La zone de transition : l’espace de vie et de développement durable

La zone de transition est la plus vaste des trois composantes.

Elle représente 184 390 hectares, soit environ 60,2 % de l’ensemble de la réserve transfrontalière.

C’est principalement dans cette partie que s’exprime l’une des caractéristiques fondamentales du concept de réserve de biosphère : l’être humain fait partie du territoire.

On y trouve des communes, des habitants, des activités économiques, des espaces agricoles et forestiers, des infrastructures et des équipements.

L’objectif n’est donc pas d’y exclure l’activité humaine. Il est de favoriser une évolution du territoire compatible avec les principes du développement durable.

Cette zone peut notamment être concernée par :

  • l’habitat ;
  • l’agriculture ;
  • la sylviculture ;
  • le tourisme ;
  • l’artisanat et l’activité économique ;
  • la mobilité ;
  • la valorisation des patrimoines ;
  • les projets de développement local ;
  • l’éducation et la sensibilisation.

Pour comprendre cette dimension humaine, consultez Habitants et territoire des Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Le zonage n’est pas une série de trois anneaux parfaits

Les schémas pédagogiques représentant les réserves de biosphère montrent souvent une aire centrale entourée d’une zone tampon, elle-même entourée d’une zone de transition.

Ce dessin permet de comprendre le principe, mais la réalité géographique est beaucoup plus complexe.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, les aires centrales sont réparties en plusieurs secteurs. Les zones tampons et la zone de transition suivent également les caractéristiques du territoire.

La carte officielle de 2022 montre une mosaïque territoriale beaucoup plus élaborée qu’un simple système de cercles concentriques.

Cette organisation permet d’adapter le zonage aux réalités écologiques, foncières, administratives et humaines.

Un zonage qui traverse la frontière franco-allemande

Le caractère transfrontalier ajoute une dimension particulière.

La réserve réunit le Parc naturel régional des Vosges du Nord, côté français, et le Biosphärenreservat Pfälzerwald, côté allemand.

La frontière nationale reste bien entendu une réalité administrative, mais le zonage permet d’envisager l’ensemble comme un territoire écologique cohérent.

La carte officielle distingue clairement la frontière entre la France et l’Allemagne tout en représentant les trois catégories de zones à l’échelle de l’ensemble de la réserve.

C’est particulièrement important pour les écosystèmes dont la continuité dépasse la frontière : massifs forestiers, vallées, cours d’eau, zones humides et habitats d’espèces.

Cette dimension est approfondie dans Nature sans frontière : les continuités naturelles entre les Vosges du Nord et le Pfälzerwald.

Des répartitions différentes côté français et côté allemand

Le zonage global masque une autre particularité intéressante : la répartition des trois catégories n’est pas identique des deux côtés de la frontière.

Les statistiques publiées en 2022 donnent les répartitions suivantes.

Vosges du Nord

Pour la partie française, d’une superficie d’environ 127 662 hectares :

  • aires centrales : 4 325 ha — 3,4 % ;
  • zones tampons : 64 239 ha — 50,3 % ;
  • zone de transition : 59 097 ha — 46,3 %.

Pfälzerwald

Pour la partie allemande, d’une superficie d’environ 178 498 hectares :

  • aires centrales : 5 360 ha — 3,0 % ;
  • zones tampons : 47 845 ha — 26,8 % ;
  • zone de transition : 125 293 ha — 70,2 %.

Ces différences montrent précisément pourquoi le zonage doit être compris comme un outil fonctionnel adapté au territoire, et non comme une formule mathématique imposant les mêmes proportions partout.

Zonage MAB et protection juridique : deux notions différentes

Cette distinction est particulièrement importante.

Une zone MAB n’est pas automatiquement une catégorie juridique de protection comparable à une réserve naturelle, un parc national ou un site Natura 2000.

Le zonage MAB définit avant tout les fonctions des différentes parties d’une réserve de biosphère.

Les protections juridiquement contraignantes proviennent, elles, des réglementations et statuts applicables dans chacun des deux pays.

Un même secteur peut donc appartenir à une aire centrale ou une zone tampon de la réserve de biosphère tout en relevant parallèlement d’un ou plusieurs dispositifs de protection nationaux ou européens.

Il faut par conséquent distinguer :

le zonage fonctionnel MAB, qui organise la réserve de biosphère ;

et

les statuts réglementaires de protection, qui déterminent juridiquement ce qui est autorisé ou interdit dans un espace donné.

Cette distinction évite notamment de penser que les règles applicables dans toutes les zones tampons ou toutes les zones de transition seraient automatiquement identiques.

Le zonage au service des trois fonctions d’une réserve de biosphère

Les trois zones prennent tout leur sens lorsqu’on les rapproche des trois fonctions fondamentales d’une réserve de biosphère.

Conservation

Préserver les paysages, les écosystèmes, les espèces et la diversité biologique.

Les aires centrales jouent ici un rôle particulièrement important, mais la conservation ne s’arrête évidemment pas à leurs limites.

Développement durable

Favoriser des formes de développement économique et humain compatibles avec les caractéristiques écologiques et culturelles du territoire.

Cette fonction est particulièrement visible dans la zone de transition.

Soutien logistique

Développer la recherche, le suivi, l’éducation, la formation et le partage des connaissances.

Cette fonction peut concerner plusieurs parties du territoire et permet de mieux comprendre les interactions entre les sociétés humaines et leur environnement.

Le zonage ne sépare donc pas artificiellement nature et société. Il organise différentes intensités et différentes fonctions à l’intérieur d’un même territoire.

Pourquoi les aires centrales ne représentent-elles que 3,2 % ?

Le chiffre peut surprendre : les aires centrales représentent seulement 3,2 % de la superficie de la réserve transfrontalière.

Mais une réserve de biosphère n’est précisément pas conçue comme une immense réserve naturelle intégrale.

Son ambition est plus large : expérimenter à l’échelle d’un territoire habité les relations entre conservation de la biodiversité et développement humain durable.

La présence d’une vaste zone de transition n’est donc pas contradictoire avec le concept MAB. Elle en constitue au contraire une composante essentielle.

Les espaces de conservation forte servent de références écologiques, tandis que les zones environnantes permettent de travailler sur la gestion durable, les activités humaines et les interactions entre les différents usages du territoire.

Un territoire couvert à 72 % par la forêt

Le zonage doit également être replacé dans les caractéristiques physiques de la réserve.

Les données institutionnelles indiquent qu’environ 2 196,6 km², soit 72 % du territoire, sont couverts par la forêt.

Cette très forte présence forestière influence naturellement l’organisation écologique de la réserve.

Mais le territoire comprend aussi des vallées, cours d’eau, zones humides, espaces agricoles, milieux ouverts, villages et formations rocheuses.

Le zonage doit donc permettre de prendre en compte cette diversité.

Pour une vision d’ensemble de ces milieux, consultez Patrimoine naturel des Vosges du Nord – Pfälzerwald : milieux et biodiversité.

Le zonage peut évoluer

Le zonage d’une réserve de biosphère n’est pas nécessairement figé pour toujours.

Les connaissances scientifiques progressent, les territoires évoluent et les critères du programme MAB peuvent conduire à réexaminer l’organisation spatiale d’une réserve.

Les documents du Parc permettent d’ailleurs d’observer cette évolution historique.

Les Annales scientifiques consacrées au zonage rappellent qu’un ancien zonage des Vosges du Nord comprenait seulement 200 hectares d’aires centrales, avec environ 30 000 hectares de zone tampon et 90 000 hectares d’aire de transition.

Le zonage actuel est donc le résultat d’une évolution importante de la conception et de l’organisation territoriale de la réserve.

C’est précisément pourquoi, pour connaître la situation présente, il convient d’utiliser la cartographie officielle actualisée, plutôt que de se fier à d’anciens chiffres encore présents dans certaines publications.

Cartographier pour comprendre et suivre le territoire

Le zonage n’est pas seulement un concept administratif.

Il constitue également un outil de connaissance territoriale.

L’Observatoire du territoire met à disposition des cartes concernant notamment :

  • le périmètre de la réserve ;
  • le zonage ;
  • les communes ;
  • les espaces naturels protégés ;
  • la topographie ;
  • les usages et différents éléments du territoire.

Le centre de ressources du Parc met notamment à disposition la carte du zonage 2022 ainsi que les statistiques correspondantes.

Ces outils permettent aux chercheurs, gestionnaires, collectivités et habitants de replacer les enjeux environnementaux dans leur contexte spatial.

Du zonage à la gestion concrète

Définir des zones sur une carte n’est qu’une première étape.

L’intérêt du zonage dépend ensuite de la manière dont il est intégré dans :

  • la conservation des habitats ;
  • la gestion des forêts ;
  • les politiques territoriales ;
  • la recherche scientifique ;
  • le suivi environnemental ;
  • les projets de restauration écologique ;
  • l’éducation à l’environnement ;
  • les stratégies de développement durable.

Le zonage constitue ainsi une structure spatiale permettant d’articuler les différentes fonctions de la réserve.

Son efficacité repose ensuite sur la coopération entre les nombreux acteurs compétents sur le territoire.

Pour comprendre cette organisation, consultez Fonctionnement et organisation de la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Un outil pour penser un territoire habité

Le principal intérêt du zonage MAB apparaît finalement dans la relation entre protection et présence humaine.

Les aires centrales montrent qu’il existe des espaces où la conservation doit être prioritaire.

Les zones tampons permettent d’organiser autour d’elles des usages compatibles avec les objectifs écologiques.

La zone de transition rappelle que l’avenir de la biodiversité dépend également de ce qui se passe dans les territoires où les personnes habitent, travaillent, produisent, se déplacent et se divertissent.

Le zonage permet ainsi de dépasser une opposition trop simple entre « nature protégée » et « territoire humain ».

Dans une réserve de biosphère, les deux font partie d’un même système.

À retenir

La Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald couvre actuellement 306 160 hectares. Son zonage se compose de 9 685 hectares d’aires centrales (3,2 %), 112 085 hectares de zones tampons (36,6 %) et 184 390 hectares de zone de transition (60,2 %).

Les aires centrales donnent la priorité à la conservation des écosystèmes et de la biodiversité.

Les zones tampons permettent des activités compatibles avec les objectifs écologiques et jouent notamment un rôle dans la recherche, le suivi et l’éducation.

La zone de transition constitue le vaste espace où activités humaines et développement durable occupent une place centrale.

Ce zonage ne remplace pas les réglementations françaises ou allemandes : il constitue avant tout l’organisation fonctionnelle de la réserve de biosphère selon les principes du programme MAB.

Sources et références

Les données de cette page reposent principalement sur les documents institutionnels relatifs au zonage actuel de la Réserve de biosphère :