Fonctionnement et organisation de la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald

La Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald constitue un territoire commun entre la France et l’Allemagne, mais son fonctionnement ne repose pas sur une administration unique qui se substituerait aux institutions des deux pays. Son organisation est fondée sur la coopération entre les structures françaises et allemandes, chacune conservant ses propres compétences, cadres réglementaires et responsabilités.

Cette organisation permet d’aborder à l’échelle transfrontalière des enjeux qui dépassent naturellement la frontière : continuités forestières, cours d’eau, biodiversité, paysages, recherche scientifique, éducation à l’environnement, développement durable et participation des habitants.

La reconnaissance du territoire dans le cadre du programme sur l’Homme et la biosphère (MAB – Man and the Biosphere) de l’UNESCO fournit un cadre commun à cette coopération. Elle encourage la recherche de solutions associant conservation de la biodiversité, développement durable et acquisition de connaissances.

Une réserve de biosphère dans deux pays

La particularité fondamentale des Vosges du Nord – Pfälzerwald tient à son caractère transfrontalier.

Du côté français se trouvent les Vosges du Nord, organisées notamment autour du Parc naturel régional des Vosges du Nord. Du côté allemand s’étend le Pfälzerwald, dans le Land de Rhénanie-Palatinat.

Ces deux territoires possèdent leurs propres institutions, collectivités, réglementations et systèmes de gestion. La création d’une réserve de biosphère transfrontière n’a pas supprimé ces différences.

Elle a créé un cadre permettant de coordonner certaines orientations et certains projets lorsque leur dimension dépasse la frontière nationale.

Cette organisation correspond à la réalité écologique du territoire : les forêts, formations de grès, cours d’eau, habitats et espèces ne s’arrêtent pas à la frontière franco-allemande.

Pour mieux comprendre cette continuité géographique et écologique, consultez également Territoire des Vosges du Nord – Pfälzerwald : paysages, reliefs et caractéristiques sur notre page /_fr/html/patrimoines/territoire.htm.

Deux structures porteuses pour un territoire transfrontalier

La Réserve de biosphère transfrontière ne constitue pas une structure autonome disposant de sa propre administration et de son propre budget.

Son fonctionnement repose principalement sur les structures responsables des deux parties du territoire.

Côté français : le SYCOPARC

Le Syndicat de coopération pour le Parc naturel régional des Vosges du Nord (SYCOPARC) joue un rôle central dans l’organisation de la partie française.

Il intervient dans de nombreux domaines liés au territoire : patrimoine naturel, paysages, développement local, observation du territoire, recherche, culture, architecture, sensibilisation et coopération.

Côté allemand : le Biosphärenreservat Pfälzerwald

Du côté allemand, le Bezirksverband Pfalz assure depuis 2014 la responsabilité du Biosphärenreservat Pfälzerwald. Il travaille avec les collectivités, organismes publics, associations et autres partenaires concernés par le développement et la protection du territoire.

Les structures françaises et allemandes conservent donc leurs responsabilités propres, mais coopèrent pour les questions relevant de la dimension transfrontalière.

Un protocole d’accord pour organiser la coopération

La coopération ne repose pas uniquement sur des échanges informels.

Un protocole d’accord structure les relations entre les partenaires français et allemands. Un premier cadre de coopération a été établi avant la reconnaissance de la réserve transfrontalière et ce dispositif a ensuite évolué avec le développement de la coopération.

Le protocole est régulièrement actualisé afin d’adapter l’organisation aux institutions, aux objectifs et aux enjeux du territoire.

En décembre 2024, le comité syndical du SYCOPARC a notamment approuvé une actualisation du protocole d’accord concernant la Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald.

Cette continuité institutionnelle est importante : la coopération transfrontalière n’est pas seulement liée à un projet ponctuel. Elle s’inscrit dans une organisation destinée à fonctionner dans la durée.

Le Comité de coordination transfrontalier

La coopération est notamment organisée autour d’un Comité de coordination réunissant des représentants des structures françaises et allemandes ainsi que des partenaires importants du territoire.

Ce comité constitue un espace de concertation pour les politiques et actions ayant une dimension transfrontalière.

Il permet notamment :

  • d’identifier des enjeux communs ;
  • de définir des orientations partagées ;
  • de favoriser la coordination entre partenaires français et allemands ;
  • de soutenir ou initier des projets transfrontaliers ;
  • d’assurer un dialogue entre les deux parties de la réserve ;
  • d’inscrire les actions locales dans les objectifs plus larges du programme MAB.

La gouvernance prévoit également une alternance du pilotage entre les partenaires français et allemands, ce qui traduit la volonté de construire une coopération équilibrée entre les deux côtés de la frontière.

Une gouvernance sans administration transfrontalière unique

Cette organisation peut parfois prêter à confusion.

La Réserve de biosphère transfrontière n’est pas un nouvel échelon administratif placé au-dessus des collectivités françaises et allemandes. Elle ne remplace ni les communes, ni les collectivités territoriales, ni les autorités nationales ou régionales.

Elle constitue plutôt un cadre de coopération territoriale.

Selon les projets, leur réalisation peut être portée par l’une des structures partenaires, conjointement par plusieurs organismes ou par une structure tierce.

La réserve transfrontalière ne dispose pas non plus d’un personnel propre distinct de celui des organismes qui participent à son fonctionnement. MAB France précise que le fonctionnement est assuré par les structures porteuses françaises et allemandes.

Cette organisation permet de conserver les responsabilités institutionnelles de chaque pays tout en développant des actions communes lorsque l’échelle transfrontalière est pertinente.

Des financements provenant de plusieurs partenaires

Les actions menées à l’échelle transfrontalière nécessitent également des financements adaptés.

Ceux-ci peuvent provenir des partenaires institutionnels et financiers des structures françaises et allemandes ainsi que de programmes européens.

Les programmes européens de coopération territoriale, notamment Interreg, peuvent jouer un rôle important lorsqu’un projet concerne directement plusieurs territoires situés de part et d’autre d’une frontière.

Cette dimension européenne permet de transformer certains objectifs communs en programmes opérationnels : restauration écologique, recherche, coopération scientifique, éducation, tourisme durable ou développement territorial.

La biodiversité comme domaine de coopération

La biodiversité constitue naturellement l’un des principaux domaines dans lesquels la coopération transfrontalière prend tout son sens.

La frontière administrative traverse un ensemble écologique beaucoup plus vaste. Les massifs forestiers, réseaux hydrographiques et habitats naturels se prolongent entre les Vosges du Nord et le Pfälzerwald.

Un groupe de travail transfrontalier consacré à la biodiversité a notamment été créé dans le cadre de cette coopération.

Les échanges peuvent concerner des sujets tels que :

  • les écosystèmes forestiers ;
  • les cours d’eau et les zones humides ;
  • les continuités écologiques ;
  • les espèces animales et végétales ;
  • les effets du changement climatique ;
  • les espèces introduites ;
  • les grands carnivores ;
  • la gestion et le suivi des habitats naturels.

Cette approche permet de raisonner à l’échelle des écosystèmes plutôt qu’à celle de la seule frontière politique.

Pour approfondir ces continuités naturelles, consultez Nature sans frontière : les continuités naturelles entre les Vosges du Nord et le Pfälzerwald sur /_fr/html/patrimoines/nature_sans_frontiere.htm.

Des projets communs pour reconnecter les milieux naturels

La coopération franco-allemande s’est traduite par plusieurs projets concrets.

Le projet LIFE Biocorridors, par exemple, a été développé pour renforcer les continuités écologiques de la réserve transfrontalière. Il a concerné différents types de milieux : forêts, espaces agricoles, cours d’eau et zones humides.

Parmi les interventions figurent notamment la création d’îlots forestiers laissés en libre évolution, la restauration de peuplements, la plantation de haies et d’arbres fruitiers, la restauration de prairies ainsi que des interventions sur des cours d’eau et zones humides.

Cet exemple illustre une caractéristique essentielle du fonctionnement de la réserve : un enjeu écologique commun peut conduire à une action coordonnée des deux côtés de la frontière.

Recherche scientifique et partage des connaissances

Une réserve de biosphère n’est pas uniquement un espace de conservation. Le programme MAB accorde également une place importante à la recherche, au suivi et à la transmission des connaissances.

Dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald, la dimension transfrontalière permet de rapprocher les observations et travaux réalisés en France et en Allemagne.

Les deux territoires disposent notamment de relations avec des conseils scientifiques et des chercheurs travaillant sur les écosystèmes, les paysages, les espèces, les ressources naturelles et les interactions entre sociétés humaines et environnement.

La coopération scientifique s’est également matérialisée par des Annales scientifiques franco-allemandes, dans lesquelles ont été publiés des travaux concernant le patrimoine naturel et différentes problématiques de la réserve transfrontalière.

Cette mise en commun des connaissances permet d’observer un même territoire à partir de méthodes, données et expériences issues des deux pays.

L’éducation et la sensibilisation

La coopération ne concerne pas uniquement les institutions et les scientifiques.

L’éducation à l’environnement et la sensibilisation constituent également des composantes importantes du fonctionnement d’une réserve de biosphère.

L’objectif est de permettre aux habitants, scolaires, visiteurs et acteurs locaux de mieux comprendre :

  • la biodiversité du territoire ;
  • les relations entre activités humaines et environnement ;
  • le fonctionnement des écosystèmes ;
  • les enjeux liés à l’eau et à la forêt ;
  • les transformations des paysages ;
  • les conséquences des changements environnementaux ;
  • l’intérêt d’une coopération au-delà des frontières nationales.

Cette dimension est particulièrement importante dans un territoire partagé entre deux pays, deux langues et plusieurs structures administratives.

Elle sera approfondie dans Les défis de la sensibilisation transfrontalière sur /_fr/html/presentation/defis_sensibilisation.htm.

Les habitants au cœur du fonctionnement de la réserve

Une réserve de biosphère n’est pas conçue comme un territoire dont l’être humain serait absent.

Les Vosges du Nord – Pfälzerwald comprennent des villes, villages, activités agricoles et forestières, entreprises, équipements touristiques et espaces de vie quotidienne.

Les habitants participent donc directement à l’évolution du territoire.

Agriculture, sylviculture, tourisme, consommation de ressources, mobilité, urbanisme et activités économiques influencent les paysages et les écosystèmes. Inversement, la qualité de l’environnement, des paysages et des ressources naturelles influence les conditions de vie et les activités économiques.

Le fonctionnement de la réserve consiste ainsi également à rechercher des solutions permettant de concilier protection de la biodiversité et développement durable du territoire.

Cette dimension humaine est développée dans Habitants et territoire des Vosges du Nord – Pfälzerwald sur /_fr/html/patrimoines/habitants.htm.

Une organisation territoriale fondée sur le zonage

Comme les autres réserves de biosphère, le territoire est organisé selon plusieurs catégories de zones ayant des fonctions complémentaires.

On distingue principalement :

  • les aires centrales, consacrées prioritairement à la conservation ;
  • les zones tampons, dans lesquelles sont favorisées des activités compatibles avec les objectifs écologiques ;
  • la zone de transition, où se concentrent davantage les activités humaines et les démarches de développement durable.

Ce zonage permet d’adapter les objectifs et les usages à la diversité du territoire.

Il ne faut toutefois pas confondre zonage MAB et gouvernance : le zonage organise spatialement les différentes fonctions de la réserve, tandis que la gouvernance détermine la manière dont les acteurs coopèrent, prennent des décisions et mettent en œuvre les projets.

Le sujet est développé séparément dans Le zonage d’une réserve de biosphère sur /_fr/html/mab/fonctionnement_zonage.htm.

Du cadre MAB à son application dans les Vosges du Nord – Pfälzerwald

Il est également utile de distinguer deux niveaux.

Le programme MAB définit les grands principes applicables aux réserves de biosphère : conservation, développement durable, recherche, suivi, éducation et organisation territoriale.

La Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald constitue l’application de ces principes à un territoire concret, possédant sa géographie, ses habitants, ses institutions et ses particularités franco-allemandes.

Pour comprendre le fonctionnement général d’une réserve de biosphère indépendamment de cette organisation locale, consultez Le fonctionnement d’une réserve de biosphère sur /_fr/html/mab/fonctionnement.htm.

Cette distinction évite de réduire la réserve transfrontalière à un simple statut international : son fonctionnement dépend surtout de la manière dont les acteurs du territoire transforment les principes du programme MAB en coopération, connaissances et actions concrètes.

Une coopération évaluée dans le temps

La reconnaissance UNESCO d’une réserve de biosphère n’est pas simplement attribuée une fois pour toutes sans suivi.

Les réserves font l’objet d’un examen périodique, destiné notamment à vérifier leur évolution et leur capacité à remplir les fonctions attendues dans le cadre du programme MAB.

L’examen de la Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald finalisé en 2022 a porté sur les données scientifiques et socio-économiques, le suivi de la nature, les projets, les moyens mobilisés ainsi que les dimensions françaises, allemandes et transfrontalières.

En juin 2022, le Conseil international de coordination du programme MAB a reconduit la reconnaissance de la réserve transfrontalière. Parmi les éléments examinés figuraient des initiatives concernant la biodiversité, l’inclusion, l’éducation, la recherche, les habitants et différents projets transfrontaliers.

Le fonctionnement de la réserve doit donc être compris comme un processus évolutif, régulièrement documenté et évalué.

De la coopération institutionnelle aux actions concrètes

Le fonctionnement de la Réserve de biosphère Vosges du Nord – Pfälzerwald peut finalement être compris comme l’articulation de plusieurs niveaux :

un cadre international, celui du programme MAB de l’UNESCO ;

deux territoires nationaux, disposant chacun de leurs institutions et réglementations ;

une coordination transfrontalière, permettant de définir des orientations communes ;

des partenaires scientifiques, institutionnels, associatifs et financiers, mobilisés selon les projets ;

des habitants et acteurs économiques, dont les activités font partie intégrante du territoire ;

et enfin des projets concrets, par lesquels la coopération prend forme sur le terrain.

Cette organisation permet de travailler à l’échelle d’un territoire dont les caractéristiques naturelles dépassent la frontière, sans effacer les différences institutionnelles, culturelles et administratives entre la France et l’Allemagne.

À retenir

La Réserve de biosphère transfrontière Vosges du Nord – Pfälzerwald n’est pas administrée par une autorité transfrontalière unique. Son fonctionnement repose sur une coopération structurée entre les partenaires français et allemands.

Un Comité de coordination contribue à définir et coordonner les orientations et actions communes, tandis que les projets sont mis en œuvre par les structures compétentes et leurs partenaires.

La biodiversité, la recherche, l’éducation, les paysages, les ressources naturelles et le développement durable constituent des domaines majeurs de cette coopération.

Le fonctionnement de la réserve cherche ainsi à faire correspondre l’échelle de l’action avec celle du territoire : une frontière administrative sépare deux pays, mais elle ne sépare ni les écosystèmes ni les nombreux enjeux environnementaux qu’ils partagent.

Sources et références

Les principales informations institutionnelles utilisées pour cette page proviennent du Parc naturel régional des Vosges du Nord, de MAB France et du Biosphärenreservat Pfälzerwald :

Parc naturel régional des Vosges du Nord — La Réserve de biosphère transfrontière

MAB France — Réserve de biosphère Vosges du Nord–Pfälzerwald

Biosphärenreservat Pfälzerwald — structure porteuse et organisation

Parc naturel régional des Vosges du Nord — Centre de ressources

Parc naturel régional des Vosges du Nord — LIFE Biocorridors

Parc naturel régional des Vosges du Nord — Annales scientifiques transfrontalières

SYCOPARC — validation 2024 du protocole d’accord transfrontalier